L’église de JALEYRAC est dédiée à Saint-Martin
Selon la Charte de Clovis, il y avait une église à Jaleyrac-le-Vieux (aujourd'hui Pradel), dédiée à Saint-Martin, dont on ne trouve plus
trace.
On retrouve Saint-Martin dans l’une des peintures murales, sur l’un de vitraux du chœur, sur la rosace au-dessus de la porte d’entrée.
En 1348, une bulle du pape Clément VI autorise la réunion des biens et revenus de l’église au chapitre Notre-Dame-du-Port à Clermont, contre une
rente de 30 livres au vicaire.
En 1790, elle passe au diocèse de Saint-Flour.
Elle a été érigée en succursale en 1808.
Petite et ancienne, d’architecture romano-byzantine, elle paraît remonter au 12e et a été assez peu modifiée.
Au 15e, deux chapelles sont ouvertes en avant du chœur. Y sont rajoutée deux autres chapelles ogivales.
Sur l’une des deux les plus anciennes (celle de droite), on peut encore voir sur la clef de voûte l’écusson de Saint-Exupéri-Miremont. L’autre, dite
de Saint-Férréol, servait de sépulture à la maison de Sartiges et était sans doute dédiée à l’origine à Saint-Men.
Le clocher
L’église de Jaleyrac est le seul édifice à nef unique ouvert équipée d’une coupole, au-dessus du transept, elle-même surmontée d’une tour carrée
(base du clocher) dont le beffroi et la flèche octogonale, foudroyés, ont été reconstruits en 1855.
Dans la tour, trois cloches, la plus ancienne date de 1773, la 2e de 1826, la 3e de 1842.
A voir
-La porte, ornée de vantaux et ferrures datés du 13e siècle, est classée (1906 ou 1908). Les
pentures en fer forgé (les plus anciennes et les plus belles du département) aux tiges recourbées se terminant par une petite tête animale ou humaine,
sont expressives et très semblables à celles des églises d’Ydes et de Liginiac en Corrèze.
Les peintures murales
Elles datent du 15e (après 1460). C’était alors une manière de rénover sans reconstruire, ce qui revenait moins cher.
- Dans l’abside : Christ est entouré du Tétramorphe,
-Sur les murs et autour des fenêtres : saint Georges et le dragon, sainte Agathe et son martyre, saint Louis, décollation de
saint-Jean-Baptiste, saint Martin qui donne le manteau à un malheureux.
-Dans le chœur, saint Christophe, et saint Michel qui terrasse le dragon
-Sur le mur est : Annonciation et Passion, Sainte Catherine et la roue, Sainte Barbe et la tour, Saint Antoine et saint Adrien, contre la peste
et la mort brutale, comme saint Men avec un culte dédiée à la léproserie
De nouveaux travaux effectués lors des derniers mois viennent de mettre à jour de nouvelles découvertes.

Les tableaux
-« La Crucifixion » - 1ère moitié du 17e.
Sur ce tableau sont représentés saint Louis et saint Martin.
Saint Louis y apparaît avec un manteau bleu roi bordé d’hermine.
La crucifixion est décrite dans la visite en 1652 de l’évêque Louis d’Estaing ; à cette époque il existait à Jaleyrac une confrérie de saint
Louis.
-« Saint Mein », bannière de procession
Huile sur toile. Saint Mein est représenté en ermite, armes aux pieds, et tenant la palme du martyre.
La statuaire
-Notre-Dame-de-Jaleyrac ou
« Vierge assise à l’enfant » -
Vierge reliquaire (niche à l’arrière) datée du XVe, gothique, en pierre polychrome, classée en 1960 aux MH. ; restaurée en 1960.
Elle joue avec son enfant, c’est une vierge de tendresse.
Pour Brigittte Mézard, « cette statue marque la transition entre les Vierges en Majesté dont le hiératisme est un des caractères
principaux, et les Vierges de Tendresse, généralement représentées debout. La Vierge de Jaleyrac est assise portant l’Enfant-Jésus sur la jambe gauche ». Car bien que datée du
15e, elle plus proche de l’iconographie du 13e (traits massifs, visage fort) que du raffinement et de la grâce de la fin de l’époque gothique.
L’oeuvre a été partiellement mutilée : la tête de l’Enfant-Jésus avait été séparée du corps.
Elle a fait partie de l‘exposition départementale puis nationale (au Sénat) en 1989 « La Vierge dans la statuaire du
Cantal ».
Un lieu de pèlerinage
Voir aussi article Sur SAINT MEN ci-après
Près « des Plaines », à l’endroit dit « de la croix des Anders » il y avait dès le 13e, une maladrerie.
L’existence d’un pèlerinage est établie dès le début du 15e par lettres de rémission du roi Charles VI (1412) à Durand de Ribier. Et il y
avait, d’après les textes, un double pèlerinage : l’un, antérieur aux Croisades, dédié à Saint-Martin-de-Tours ; l’autre plus tardif dédié à Saint-Men. L’une des chapelles de l’église
lui est dédiée.
On venait implorer Saint-Men pour guérir d’une maladie de peau appelée « le mal de saint Men » ou « peste
grecque » et des maladies de la peau en général. « On vient de fort loin invoquer saint Men, martyr qui guérit, moyennant une messe dont le prix a été quêté par le
malade, d’une sorte de lèpre dit le « mal de saint Men » ou « de Jalleyrac ».
Les deux saint Men
-Saint Men (ou Main ou Méen) est un saint populaire breton, né vers 540, mort
vers 617 au monastère de Gaël. On l’invoquait pour la gale des mains et pour la teigne.
-L’autre saint Men était un soldat égyptien martyrisé à Cotyée en Phrygie vers
l’an 304. Ses reliques sont rapportées en Egypte et sont l’objet d’une grande dévotion dans tout l’Orient chrétien ; son culte en France et en Belgique a été ramené par les Croisades.
A Jaleyrac, les reliques de Saint-Men sont dans le reliquaire que l’on voit dans la niche. Une chapelle lui est dédiée, avec sa statue qui domine
l’autel et un vitrail.
Selon la description de Déribier en 1824
La commune de Jaleyrac comptait alors 1 186 habitants, répartis dans 175 maisons, 30 villages ou hameaux.
Le terrain était fertile en grains, mais « très sujet aux dégâts des grandes pluies », avec des prairies, pacages et des
« chevaux estimés ». On y trouvait des châtaigniers et autres arbres à fruits.
« La fontaine d’eau minérale se trouve dans le bas,… les habitants en font un grand usage… ».
Lu encore dans les textes
-Entre1338-1348), le prieur Bertrand Archambaud est le premier curé.
-En 1791, Jaleyrac comptait 1 209 habitants.
-En 1803, on lui enlève 14 villages qui sont attribués à Arches (7) et à Sourniac (7).
-Dans le communal d' Ortigier, il y avait des tombelles, 10 ou 12, et des vestiges de murailles très
anciennes.
-Le château de Montfort était bâti sur la rive gauche de la Dordogne, avec une chapelle de la dépendance du
commandeur de Saint-Jean.
-Du château de Lavaur, dont il ne reste que des vestiges, sont sortis les Deribier : Jeanne de Fontanges, veuve d’un N. Deribier, fit de grands dons en 1599 au collège de Mauriac.
Le 15 mai 1551, a lieu à Jaleyrac l’ enterrement de François de Ribier, seigneur de Lavaur, avec l’assistance de cent prêtres. L’ordonnancement est dicté par le défunt à Maître Roux, notaire à Mauriac.
Le CULTE de SAINT MEN à JALEYRAC
SAINT MEN l’égyptien
Men (ou Mennas, Menne, Mein) était égyptien et soldat romain, à Cotyée de Phrygie.
Le culte de Saint-Men trouve son origine en orient, il arrive en occident avec les croisades.
A Jaleyrac on le fête le 11 novembre en même temps que saint Martin de Tours.
Il existe à Alexandrie le sanctuaire de la Maréotide, qui fut un temps le centre de pèlerinage le plus important après Jérusalem, un
« Lourdes d’Egypte ». Dans cette basilique construite en l’honneur de saint Men, ses restes, cendres et ossements calcinés du bûcher de Cotyée, étaient vénérés et l’objet de miracles.
Les pèlerins emportaient dans des fioles de verre quelques gouttes de l’huile qui brûlait dans une lampe devant le tombeau. Ils remplissaient aussi avec de l’eau de la source de saint Men des
petits flacons en terre cuite, de forme aplatie ou bombée. Et des petites lampes en terre cuite identiques à la lampe qui éclairait la crypte du saint.
A l’église de Gourdièges (près de Pierrefort dans le Cantal) on trouve deux fioles en verre portant l’inscription
« de oleo ».Et dans les musées de Paris, Bordeaux, Arles, Bruxelles, Londres, Florence, Carthage,… on a une collection de ces différents
objets « ampoules ou eulogies de saint Men : sur ces ampoules, saint Men y est debout, bras en croix et à ses pieds, couchés, deux chameaux, porteurs légendaires de ses reliques. Car,
dit-on, les reliques auraient été placées sur le dos de deux chameaux qui d’eux-mêmes seraient venus les déposer au lieu où ils étaient depuis vénérés, Alexandrie.
La renommée de saint Men ira jusqu’à Constantinople.
Au 4e siècle, l’empereur Constantin veut dédier au martyr de Cotyée une église. Un temple païen débarrassé de ses effigies
va lui être dédié : l’Acropole de saint Men.
Sous le règne de Constantin donc, où l’on voit l’érection de la basilique d’Alexandrie, en 326 on découvre « la vraie
croix » suite aux fouilles entreprises par sainte Hélène, mère de Constantin. Il y eut donc peut être déjà à cette époque des échanges de reliques entre Alexandrie et Constantinople.
Mais c’est vers le 9e siècle que les reliques passent de la Maréotide d’Alexandrie à la crypte de l’Acropole à
Constantinople.
Plusieurs légendes naissent alors, formant le récit classique de l’invention des reliques.
Le saint apparaît au soldat Philommate et lui indique où il a été enterré, le soldat le dit à son ami Marianos, qui le dit à
l’empereur Basile (867 – 885). Lequel fait creuser à l’endroit indiqué et on trouve un cercueil en fer avec le corps du martyr ainsi que des tablettes avec inscription l’identifiant.
Même la Palestine avait un « mausolée de saint Men » datant du 4e siècle : la dévotion au
martyre était immense dans tout l’Orient. Trois grandes fêtes s’y célébraient chaque année en son honneur. La première était fixée au 11 novembre : commémoration du martyre de Saint-Men à
Cotyée de Phrygie ; la deuxième, fixée le 10 décembre, rappelait la déposition des reliques à Alexandrie ; la troisième, du 17 février, fêtait l’invention des reliques de Saint-Men à
Constantinople.
Alexandrie restera quand même le centre d’un important pèlerinage en Orient.
SAINT MEN en Occident
Au 6e siècle, Rome a une « église de saint Mennas » sur la voie d’Ostie.
En France et en Belgique, le culte est introduit plus tard, à la suite des croisades. Les reliques rapportées par les Croisés viennent
sans doute de Constantinople ; « à l’instance de saint Bernard, prédicateur de la 2e Croisade (1147-1149) déposées dans l’abbaye d’Orval en Belgique par Albéron de Cluny,
évêque de Verdun ».
La paroisse de Gourdièges possède des reliques de saint Men : deux petits osselets et deux fioles de verre (qui
contiennent l’huile de la lampe qui brûlait devant le tombeau du saint) ; peut être rapportées par Arnaud d’Apchon vers 1100 ? D’abord dans l’église de Marchastel ? Où un
pèlerinage existait et stoppa au 19e suite au vol du reliquaire de saint Men ; si le pèlerinage n’existe plus, la dévotion est restée ; elles passèrent ensuite à l’église de Gourdièges ?
A Gourdièges, saint Men est imploré pour les maladies de peau (teigne) et aussi pour les piqûres de serpent ; car saint Men
chasserait les serpents. A Pierrefite de Talizat, on peut voir une vieille croix plantée sur un menhir avec l’image de saint Menais et un serpent.
SAINT MEEN en BRETAGNE
Les Bretons ont une grande dévotion pour un saint Méen qui n’a rien à voir avec le saint de Jaleyrac. Le Méen breton, né au
6e siècle à York, est le célèbre prédicateur qui a évangélisé la Bretagne avec son compagnon saint Samson ; il est le fondateur des monastères de Dol et de Gaël. Saint
Méen est honoré dans le Cantal à Tessières-de-Cornet.
SAINT MEN à JALEYRAC
La croix des Andéryes (ou Anders)
A Jaleyrac, le centre primitif de la dévotion à saint Men se trouve à la CROIX des
ANDERYES, avec une antique croix sur le plateau des Anders (ou Andéryes ou croix des dartreux). Où il y eut dès le 13e siècle une léproserie et un sanctuaire avec les reliques de saint
Men.
Il y avait à Jaleyrac (ou Gélérat) un double pèlerinage : l’un dédié à saint Martin
de Tours, bien antérieur aux croisades, et celui en l’honneur de saint Men, venu plus tard.
Saint Men, donc, était sur le plateau des Anders, dans la chapelle voisine de la léproserie ; saint Martin dans l’église
paroissiale. Cette chapelle n’existe plus depuis le milieu du 17e (comme l’attestent les textes écrits lors de la visite pastorale de Mgr Louis d’Estaing en 1658).
Les sources et fontaines
Sur le plateau des Anders, au pied de la croix, il existe une fontaine, la fontaine de saint Men.
Il y a aussi à Jaleyrac la source de saint Martin, au pied de la croix de saint Martin.
La fontaine de saint Men est toujours vénérée par les habitants. Ce qui fut interdit un temps par les autorités ecclésiastiques :
des gens malhonnêtes récupéraient pour eux les pièces jetées dans la fontaine…
La fontaine de saint Men est aujourd’hui sur le domaine de propriétaires privés.
« L’eau en surabondance s’écoule par un aqueduc jusqu’au fond d’un ravin voisin, où elle va grossir le ruisseau que l’on appelait
autrefois de « la Roghaira » ou de la léproserie.
La maladrerie de Jaleyrac
L’origine de la maladrerie remonte au milieu du 13e siècle. C’était sans doute au début un asile destiné à héberger les
pèlerins et malades venus implorer le saint.
Ou peut être est-ce à la maladrerie qu’on a pensé à placer les reliques de saint Men et organiser le
pèlerinage ? Comment sont-elles arrivées là ? Sans doute ont-elles été rapportées des Croisades par l’un des Croisés, nombreux dans la région à y participer.
Sur un manuscrit sur parchemin découvert en 1865 dans le grenier d’une maison de Mauriac, il est dit que les Bénédictins de l’hôpital
de Mauriac reçurent en 1229 une rente « gagée sur la moitié du moulin de Solage et terres attenantes » destinée à la léproserie de Jaleyrac.
Au cours de la 1ère croisade de saint Louis (1248-1252) la maladrerie établie sur le plateau des Anders est dirigée par les
Bénédictins de Mauriac qui font office de frères hospitaliers.
Entre 1260 et 1290, les titres de plusieurs donations confiaient aux Bénédictins de
Mauriac la propriété de terres ou même de domaines entiers mais leur jouissance revenait aux Frères hospitaliers de Jaleyrac, et les revenus étaient destinés à la « léproserie établie sur
les terrains de Solage ».
Cette époque vit de nombreux dons de domaines de la part des seigneurs locaux : la léproserie s’étendait sur un vaste espace et
bénéficiait de grandes ressources ; ce qui fit d’elle la maladrerie la plus importante de la région.
Les « terres de la maladrerie » seront cédées, en 1335, sous ce nom, à Arnould de Comminges, évêque de Clermont.
Les divers noms de la maladrerie : au 13e, elle fut la « croix des Anders », la plus ancienne et celle qui
va rester.
Puis « Malaudios », souvenir du « mal chaud » asiatique, dont on trouve réminiscence dans « Pratchaou », nom d’une ancienne terre de Solage.
Sur un parchemin relatnt un contrat passé en 1453, on lit « Rogharia » pour la
léproserie et le « ruisseau de la Rogharia ». Mot pouvant évoquer une sorte de lèpre très contagieuse appelée en patois la « rougne ».
Deribier parle lui de la « Maladrerie régionale de Mauriac » ; et aussi « Maladrerie de Mauriac » dans un
acte établi par Louis XIV.
Près du lieu où se dresse la Croix des Anders, se trouve un petit monticule (qui domine le tunnel d’Embrassac). Appelé « Puy de l’église » ; sans doute en souvenir de l’ancien sanctuaire de saint Men, une chapelle ou
église, autonome de l’église paroissiale de Jaleyrac.
Lors de sa visite en 1652, l’évêque de Clermont cite l’église annexe des Anders ; et mentionne deux chapelles, celles des
châteaux de Lavaur et de Montfort comme oratoires privés dépendant de l’église paroissiale.
La chapelle de la croix des Anders était indépendante et isolée, les lépreux étant soumis à la réclusion, pour éviter la contagion.
Dans ce sanctuaire isolé, ils pouvaient, en toute liberté, venir implorer la protection de saint Men.
Saint Men à l’église paroissiale de Jaleyrac
Après l’Edit de Nantes en 1578 qui ramène la paix en France suite aux Guerres de Religion, le culte de saint Men est déplacé vers
l’église paroissiale de Jaleyrac, d’abord dédiée (au début du 15e) à saint Ferréol ; et qui abritera désormais les reliques de saint Men.
Un vitrail datant de 1914 représente les deux saints (morts martyres tous les deux persécutés par Dioclétien) et la statue de saint
Men est placée au-dessus de l’autel.
Dans la chapelle dite « de saint Féréol et de saint Men », une double dévotion est pratiquée. Le culte de saint Men
l’emporte (sans doute à cause de pèlerinage) et saint Ferréol tombe dans l’oubli.
Avant le 17e, le culte de saint Men existait déjà à Jaleyrac. Jeanne de Fontanges, veuve de A. de Ribier et douairière de
Lavaur, morte en 1600, avait fait de nombreuses libéralités à la chapelle de saint Men, « en vue d’une réparation » qui ne fut terminée qu’en 1670.
Autre fait à signaler : le roi Henri IV autorisa en 1608 la création de deux foires. La première dite de sainte Agathe, fixée au
5 février, qui perdure jusqu’au 18e ; la seconde, dite de saint Men, devant avoir lieu en mai, mais la date précise fut laissée au libre choix des habitants et cette foire ne
connut jamais une grande vogue.
Les RELIQUAIRES et RELIQUES
En 1623, l’évêque Joachim d’Estaing vient à Jaleyrac et relate l’état des reliques
transférées de la chapelle des Anders à l’église paroissiale. Ce document est perdu. Mais son contenu serait à peu près fidèlement reproduit dans le procès-verbal de la visite de Mgr Louis
d’Estaing en 1652, qui énumère cinq reliquaires :
-Le premier
est un petit coffret de bois, contenant quatre reliques : de saint Etienne, premier martyr ; de l’évêque Saint-Léger ; de la vraie
Croix ; et des saints Bernard et Mennas (ou Men).
-Le second
renferme un fragment d’os et porte une inscription au nom de saint Martin .
-Le troisième,
en cuivre, contient 3 reliques : celles de saint Jean l’Evangéliste ; de saint Géraud compte d’Aurillac ; et de saint Léger.
-Le quatrième
a la forme d’un buste et renferme des reliques de saint Louis.
-Le cinquième
est appelé « reliquaire de saint Ferréol ».
En 1657, le même Mgr Louis d’Estaing mentionne à nouveau la présence des mêmes
reliques.
En 1727 et en 1735, Massillon visite deux fois l’église de Jaleyrac. Il ne mentionne
plus que trois reliquaires et se contente de spécifier un reliquaire de saint Men en cuivre émaillé et en forme de châsse.
En 1779, ces trois reliquaires sont à nouveau mentionnés et détaillés par Mgr de
Bonal :
-Le premier,
en bois, a la forme d’une croix. Il renferme cinq ossements, dont trois portent des inscriptions aux noms de saint Martin, de saint Léger et de saint Jean, et deux demeurent sans
indication.
-Le deuxième,
en bois peint, a la forme d’une châsse contenant deux reliques : un ossement assez grand et sans indication ; et une relique attribuée à sainte Agathe.
-Le troisième
a la forme d’une châsse recouverte de lames de cuivre et de pierres de cristal et contient les reliques de saint Men.
En 1878, Mgr Bouange retrouve ces mêmes reliquaires qu’il décrit :
« La châsse antique où reposent les restes sacrés est en cuivre repoussé, ornée de pierres en partie éteintes ; les
statuettes, émaux, etc .... qui la décoraient jadis ont disparu, mais les restes bénis qu’elle contient sont demeurés intacts. Nous les avons examinés avec respect ; ce sont des débris
coagulés d’os, de chair et aussi de bois probablement ; ce sont les cendres de saint Men. Avec elles, mais chacune à part dans une enveloppe de soie fort ancienne, nous
avons trouvé la partie supérieures d’un tibia de saint Etienne, premier martyr, des fragments du chef de saint Grégoire, martyr, la partie inférieure d’un tibia
de saint Grégoire, martyr, le partie inférieure d’un tibia de saint Maur, abbé ; ces rois reliques considérables étaient munies de leurs inscriptions sur parchemin en
caractères gothiques. Dans la même châsse se trouvaient encore quatre autres reliques dont les titres se sont perdus, savoir la partie supérieure d’un cubitus, le sommet d’un fémur, un calcanéum,
un os du métatarse.
Conformément au désir qui nous avait été exprimé à cet égard, nous avons déposé dans la châsse précitée les cendres de saint
Men, préalablement renfermées dans une petite cassette dûment scellée, un médaillon en cuivre argenté contenant des parcelles des ossements du martyr saint Blaise,
évêque de Sébaste en Arménie, et un médaillon en argent contenant des parcelles des ossements de l’illustre évêque de Tours, saint Martin, patron titulaire de l’église de
Jaleyrac. Puis nous avons placé toutes les autres reliques dans deux tableaux en bois, de forme ovale **, dûment clos et scellés ; et nous y avons joint une parcelle de la Maison de
Joseph, époux de Marie, et une parcelle des ossements de saint Géraud d’Aurillac, enchâssées dan deux médaillons ».
** Depuis, ces deux tableaux ovales ont été remplacés, par l’abbé Rongier, par deux tableaux quadrangulaires, à
larges bords dorés, portant toujours les reliques enchâssées sous verre.
En juin 1910, nouvelle vérification.
La châsse de saint Men contenait un sachet de soie, enveloppé de rubans roses, rempli d’étoupes poussiéreuses que l’on crut devoir
identifier avec les cendres de saint Men ; dans une petite boite en carton, endommagée par l’humidité et l’usure, portant l’inscription saint Men, authentifiée par la signature de Mgr
Bouange, était renfermé un fragment noirâtre d’os ou de bois ; la petite cassette tapissée de soie verte contenait en outre deux médaillons reliquaires de saint Blaise et de saint Martin.
Ceux-ci furent enlevés de la châsse réservée aux cendres de saint Men et à la petite parcelle de la vraie Croix.
En août 1910, la précédente vérification est approuvée par l’évêque Mgr
Lecoeur.
Les reliques de saint Men et de la vraie Croix sont replacées dans la châsse, dans une enveloppe de velours rouge,
fermée par des rubans croisés et scellés et authentifiés par l’évêque. Puis placés dans l’église, du côté droit de l’autel, sur une colonne.
Au-dessus de la châsse, on aperçoit une Vierge tenant dans ses bras l’Enfant-Jésus : statue en pierre du 13e,
contemporaine de la maladrerie et du pèlerinage à la Croix des Anders.
LA BANNIERE de SAINT MEN
Elle a été brodée par Marie-Thérèse-Augustine Bordes (épouse de Pierre Peyrac) dans les années 1820.
C’est une étoffe de soie couleur crème avec un motif différent sur chacune des deux faces. D’un côté, saint Men, ermite ; de
l’autre la Vierge Marie avec l’Enfant-Jésus, entourés l’un et l’autre d’un écusson brodé or avec fleurettes variées en fil de soie.
Saint Men est représenté debout, entre l’église de Jaleyrac et le vieux tilleul. Dans sa
main droite, la palme du martyre, sa main gauche reposant sur sa poitrine. A ses pieds, les insignes du soldat romain : lance, casque, bouclier. Son vêtement ressemble plus à la bure
franciscaine qu’à la robe ample des ermites des premiers siècles de l’Eglise.
Pour la protéger (le tissu était usé), elle a été fixée sur un cadre en bois, on peut la voir dans la chapelle de saint Men, face à la
niche où est placée la statue en bois doré du saint.
LA CELEBRATION de SAINT MEN à JALEYRAC
Par ordonnance de Mgr Guillaume Duprat, évêque de Clermont (1528 – 1564), la fête de saint Men était fixée au 23 mai. Il en fut ainsi
jusqu’en 1853.
Entre 1837 et 1857, la fête diocésaine de saint Men fut déplacée au 26 novembre.
En 1914, l’office de saint Men est réduit à une commémoraison à la date du 11 novembre, jour de la fête de
saint Martin. Depuis les deux patrons de la paroisse de Jaleyrac sont fêtés le même jour, le 11 novembre.
D’après les textes (compte rendu de la visite de l’évêque Joachim d’Estaing en 1623) il existait aussi une Confrérie de saint Men. Peu
d’informations sur ce sujet.
Mais dans la même ordonnance, l’évêque exige un certain nombre de réparations : un retable sur toile pour remplacer une peinture
sur bois du saint ; niveler le parquet défoncé par les tombes creusées et dont les pierres émergeaient pour mettre en évidence les blasons nobiliaires des familles ; refaire les vitres
de la chapelle.
A l’époque de l’abbé Chabreuil, le pèlerinage et le culte de saint Men étaient encore bien vivaces à Jaleyrac, les malades venaient de
loin implorer le saint.
Le MAL dit de SAINT MEN
A l’origine il semblerait que le mal dit de saint-Men était la lèpre orientale, ou chaud asiatique, ou lèpre
grecque.
On le retrouve en occident aux temps mérovingiens : en 571, une peste furieuse alla jusqu’à entasser trois cents morts le même
jour dans l’église Saint-Pierre de Clermont.
Ce mal, transmis par l’eau (débordements des rivières de la Limagne, du Lyonnais, du Limousin) se répand dans d’autres régions.
Sous forme de pustules se répandant sur tout le corps, elle aurait été provoquée par l’ergot de seigle ou grain poudreux de l’épi
corrompu par les pluies. Elle fut appelée le feu de Saint-Antoine ou mal des Ardents. Montfort et Mourguios, les deux chroniqueurs de Mauriac, disent « qu’en 603 la grande peste de Mauriac fit périr beaucoup de gens de la ville et moult religieux. »
Une léproserie à Mauriac
C’est à cette époque qu’aurait été fondée à Mauriac la léproserie Saint-Georges au pré Chalmy, disparue au 9e siècle,
fermée par les habitants outrés des dépradations commises dans l’église de Notre-Dame des Miracles par des lépreux maraudeurs.
Les biens de la léproserie auraient été rattachés ensuite au prieuré de Vendes.
La léproserie de la Croix des Anders n’a rien à voir avec Mauriac, et elle ne fut appelée « Maladrerie de Mauriac » que
parce qu’elle était dirigée par les bénédictins du monastère de Mauriac qui avait biens et redevances à Jaleyrac.
Les Croisades amènent une nouvelle vague du mal chaud asiatique ou lèpre grecque ou mal de saint Men. Du 9e au
13e, les léproseries et maladreries se multiplient.
Description du mal de Saint Men
Une description du mal de Saint Men a été faite par le Docteur de Brioude, né à Laroquebrou (1728 – 1812) dans sa « Topographie
médicale des maladies en Auvergne » : « La lèpre grecque n’est point inconnue parmi nous. On la trouve communément depuis les Monts d’Or jusqu’aux montagnes de Salers et aux
frontières du Limousin. Les malheureux qui en sont affligés ont des croûtes écailleuses, grisâtres, rougeâtres ou jaunâtres, sur les sourcils, le visage, les épaules, les jambes et les cuisses.
Elles disparaissent et reviennent suivant les saisons, ce qui prouve qu’elles tiennent à l’action de l’atmosphère. Et ce mal s’appelle le Mal de Saint-Men ».
En 1878, l’abbé Rongier, curé de Jaleyrac, écrit à l’abbé Chabau : « La lèpre de Saint-Men s’annonce par une rouge
inflammation cutanée qui produit une croûte jaunâtre de laquelle s’écoulent des gouttelettes de même couleur. Cette croûte suit les phases de la lune, augmentant quand la lune augmente ou
diminuant lorsqu’elle diminue ».
Dans la pratique, le pouvoir de guérison de Saint-Men s’étend à l’ensemble de maladies de la peau : zona, eczéma, dartres,
impétigo gourmeux, teigne, andéryes.
LA DEVOTION POPULAIRE à SAINT MEN et la TRADITION
PRATIQUES ET PRIERES TRADITIONNELLES
L’abbé Chabreuil écrit : « Cette dévotion s’est manifestée et se manifeste encore par un ensemble d’observances que la piété
populaire a rendues parfois minutieuses jusqu’au ridicule, mais qui recouvrent un fond très sérieux et digne de respect ».
Les pèlerins viennent à Jaleyrac soit pour obtenir la protection du saint, soit pour le remercier.
Le plus souvent, on écrit de loin au curé de la paroisse pour lui recommander la personne qui sollicite la guérison.
Il est traditionnel de :
-quêter la somme offerte lors de la messe, auprès des parents et voisins.
Cette quête offre certaines particularités :
-S’adresser de préférence aux personnes avec lesquelles on pourrait avoir quelque différend : c’est une occasion de s’humilier et
en même temps de pratiquer la charité chrétienne en reprenant les rapports rompus.
-Eviter de ne dire ni « s’il vous plaît » ni « merci » : le
saint ne peut agréer ce manquement à la politesse qui est une forme de la charité.
-Procédés qui s’apparentent à la superstition et donc inacceptables : quêter auprès de neuf veuves ; ne recevoir qu’un sou
par personne ; quêter dans 3 ou 9 paroisses,…
-Célébration d’une messe à l’autel de saint Men
Obligatoire. Pour ceux qui ne peuvent se rendre au lieu de pèlerinage, s’unir d’intention à la messe le jour où elle est célébrée à
Jaleyrac. C’est mieux avec les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie.
-Neuvaine de prières
Elle est conseillée aux malades et aux parents des malades qui demandent la guérison.
Elle consiste soit dans la récitation chaque jour d’un « Notre-Père », d’un « Je vous salue », suivis de
l’invocation : « Bienheureux saint Men, priez pour nous ».
Les fidèles sont invités à s’inspirer de la neuvaine de prières, composée par Mgr Bouange, l’auteur de la première notice consacrée à
saint Men publie en 1878.
Les GUERISONS
Pas de données concernant le passé du pèlerinage. Les témoignages portent sur la fin du 19e et le début du 20e
siècles. Et ne portent que sur les faits rapportés et donc connus des prêtres.
En 1878 : 25 lépreux ou eczémateux venant de Soursac (Corrèze) sont guéris.
En 1909 et 1910 : une dizaine de guérisons sur une quarantaine de messes ou recommandations ; parmi lesquels 2 cas de
guérison quand la médecine n’avait donné aucune résultat et ce sur plusieurs années.
Entre 1914 et 1920 : on relève moins de demandes.
De 1920 à 1925 : le nombre des messes est en progression.
En 1920 : 20 messes
En 1923 : 45 messes
En 1925 : 42 messes.
Et plusieurs cas intéressants de guérisons pendant cette période.
L’abbé signale le cas d’une institutrice laïque du Puy-de-Dôme qui après la guérison de son enfant se fait la zélatrice de la dévotion
à saint Men.
En 1927 : 60 messes et 4 guérisons.
En 1928 : 54 messes ; plusieurs guérisons, parfois de plusieurs membres d’une même famille.
En 1929 : 52 messes, guérisons.
Pour 1930 et 1930 :100 messes, guérisons
1932 : 62 messes
1933 : 51 messes ; sur ces deux années, nombreuses guérisons, particulièrement
en novembre autour de la Saint-Men.
Concernées : paroisses des alentours, mais aussi pèlerins venant de Montpellier, d’Alençon, de Guignon (Saône-et-Loire), de
Grenoble, de la Nièvre, d’Indre-et-Loire, des Vosges, de Haute-Savoie…